Le Saint-Laurent, sanctuaire vivant ou eldorado pétrolier ?

Le fleuve Saint-Laurent au coucher du soleil à hauteur de Sainte-Luce.

Le fleuve Saint-Laurent au coucher du soleil à hauteur de Sainte-Luce.

Majestueux par ses paysages, nourricier par sa grande biodiversité, tempétueux par son golfe, immaculé par les glaces qui l’envahissent durant les longs mois d’hiver. Les adjectifs que l’on peut attribuer au fleuve Saint-Laurent sont nombreux. Pourtant, la récente volonté de certaines entreprises privées et de certaines provinces d’exploiter le potentiel pétrolier du Saint-Laurent et de son golfe pourrait bien lui ajouter le qualificatif de « en danger ».

Depuis que la principale drogue de l’humanité, le pétrole, devient de plus en plus difficile à extraire et que son prix de vente au baril oscille entre 60 et 150$, les projets d’exploitation de mini-champs d’or noir deviennent légion dans le monde. Le Saint-Laurent et son golfe n’y échappent pas. Projet Old Harry dans le golfe à 80 km à l’est des Îles de la Madeleine, divers projets d’exploitation en Gaspésie (sur la terre ferme), projet d’exploitation de l’île d’Anticosti. Les compagnies pétrolières salivent à l’idée d’exploiter plusieurs dizaines de milliards de barils de pétrole.  Afin de remettre les choses en perspective, il faut savoir que la consommation journalière de pétrole dans le monde est de près de 87 millions de barils (statistiques de 2010).  Un calcul rapide nous amène à une consommation annuelle planétaire de près de 32 milliards de barils. Plus concrètement, le potentiel d’exploitation pétrolière de l’île d’Anticosti (30 milliards de barils) représenterait juste une année de consommation mondiale. Le gisement Old Harry, lui, est estimé à 2 milliards de barils soit…environ 22 jours de consommation mondiale mais 15 ans, en moyenne, de consommation uniquement québécoise (les estimations sur le potentiel du gisement varient).

Malheureusement, les risques associés à l’exploitation pétrolière en mer ne sont pas inexistants. On peut se souvenir que la pire marée noire de l’histoire des États-Unis suite à l’explosion de la plate-forme DeepWater Horizon le 20 avril 2010 nous a rappelé les dangers énormes inhérents à l’exploitation pétrolière en mer. Sauf que le golfe du Mexique n’est pas le golfe du Saint-Laurent. En effet, la température de l’eau dans le golfe du Saint-Laurent est en moyenne beaucoup plus basse. De plus, le golfe Laurentien possède le profil d’une mer semi-fermée avec des courants internes complexes. En cas d’accident majeur et de déversement dans le golfe, les conséquences seraient catastrophiques. Environnement Canada a d’ailleurs blâmé Corridor Ressources en mai dernier pour avoir produit un scénario de déversement dans le golfe truffé d’erreurs.

Finalement, le Saint-Laurent et son golfe possèdent une biodiversité exceptionnelle. Par exemple, pas moins de 13 espèces de mammifères marins fréquentent les eaux du golfe et du fleuve durant certaines périodes de l’année quand elles ne résident pas de façon permanente dans le fleuve comme les bélugas. Il est facile d’imaginer l’impact terrible qu’aurait un déversement majeur dans les eaux du golfe, soit à cause de la fuite d’un puits, soit à cause d’un accident sur un pétrolier. Il convient de noter que les activités d’exploration se font à l’aide de la technique d’émission d’ondes sismiques afin de sonder les fonds marins. Le problème est que ces pratiques sont dénoncées par les plus récentes études scientifiques comme ayant un impact important sur les mammifères marins et les poissons. Malheureusement, ces études ne sont soit pas prises en compte, soit ne sont pas rendues publiques à cause de la difficulté pour leurs auteurs de parler librement, comme le note Jean-Patrick Toussaint de la Fondation David Suzuki.  Il est également important de considérer les répercutions économiques sur les riverains du fleuve et du golfe qui dépendent des produits de la pêche ou tout simplement des activités touristiques.

Les critiques justifiées et les rapports scientifiques alarmants sont tellement importants qu’il est impossible de tous les répertorier dans un billet de blogue. Cependant, à la lumière des informations disponibles pour le grand public et considérant le fait que le Saint-Laurent et son golfe ne sont ni plus ni moins que des joyaux à préserver, on peut se demander si ceux-ci ne devraient pas être considérés comme des sanctuaires vivants. Alors que les négociations à RIO+20 ont encore démontré l’inaptitude de la communauté internationale à comprendre que la biodiversité est en grand péril, la question est plus que pertinente…

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