Les frontières à ne pas dépasser

Les zones vertes représentent la zone sécuritaire de chaque frontière. Les zones rouges à l’intérieur des limites sont une estimation de l’état actuel de certains critères qui posent problème. Les limites de 3 des 9  critères ont déjà été dépassées.

Comme tout système qui se respecte, le système Terre possède des limites au-delà desquelles sa stabilité est compromise. Initialement créée pour rendre compte de la stabilité des organismes vivants, la notion d’homéostasie peut s’appliquer à tous les systèmes. Ainsi, un système est homéostatique quand il se trouve dans un état d’équilibre de fonctionnement malgré les contraintes externes qu’il subit. Ce terme, inventé en 1932 par le physiologiste Américain Walter Bradford Cannon, est formé du grec ancien « omios » qui signifie « égal » ou « semblable à » et « statis » qui se réfère à « l’état » ou la « position ». Votre corps cherche donc toujours à garder un état homéostatique. Quand vous transpirez, c’est pour évacuer de la chaleur et maintenir votre corps à la température idéale de 37,2 degré Celsius.  Bien sûr, vôtre température peut augmenter ou diminuer autour de cette valeur mais il existe des seuils à ne pas dépasser. Au-delà de ces seuils, votre survie même est  fortement menacée et la mort peut arriver très rapidement si l’état de vos signes vitaux atteint un point de non-retour.

C’est dans le but de définir des limites au système Terre que Joan Rockström et ses collègues ont établi une liste de 9 frontières à ne pas dépasser. Leur travail a fait l’objet d’une publication dans la revue Nature en 2009. (disponible ici sur le site Ecology and Society). Dans cet article, l’équipe de Rockström rappelle que l’espèce humaine doit sa survie à une période relativement stable dans l’histoire de la Terre appelée Holocène. Comme le notent les auteurs, « cette période a bien sûr subi des changements environnementaux naturels mais la capacité de régulation de la planète a réussi à maintenir des conditions qui ont permis à l’être humain de se développer. Ainsi, nous devons notre prospérité à des températures relativement stables, à la disponibilité de l’eau douce et à des flux biogéochimiques qui se sont maintenus dans des limites acceptables. »

Malheureusement, notre succès en tant qu’espèce est en train de se transformer en échec. Le mode de vie occidental met en péril non seulement notre propre survie à moyen terme mais aussi la survie de nombreuses espèces, incapables de s’adapter aux changements rapides que nous provoquons à l’échelle planétaire. Nous avons atteint la capacité de modifier de façon durable l’Holocène. Ainsi, notre planète est entrée dans une nouvelle ère, l’Anthropocène.

Parmi les 9 limites à ne pas dépasser, celles de la perte de la biodiversité et du taux de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère sont les plus inquiétantes. L’équipe de Rockström rappelait en 2009 que le taux d’extinction des espèces est 1000 fois supérieur au taux naturel. L’équipe établit la limite à ne pas dépasser à dix extinctions par millions d’espèces et par an, lors de la publication de leur article, le taux était 100 fois supérieur à cette limite. Nous sommes clairement dans le rouge. Quant au taux de CO2 dans l’atmosphère, il s’établit désormais à 400 parties par million (ppm) alors que la limite qui fait consensus au sein de la communauté scientifique est de 350 ppm.

Johan Rockström et Anders Wijkman viennent de publier un livre intitulé Bankrupting Nature, dans lequel ils vont plus loin dans leur argumentation. Comme le note Peter Kaveira dans Nature du 25 octobre, « rarement un tel livre a mis en commun et en interrelation les liens qui existent entre la politique, l’économie et l’écologie ». Kaveira ajoute que « le livre est un vibrant appel à l’action afin de transformer notre système économique et remplacer le produit intérieur brut en tant qu’indicateur de développement par des indicateurs qui prennent mieux en compte les besoins humains et notre impact sur le système Terre. »

Pour en savoir plus:

Une vidéo réalisée dans le cadre de Rio+20 et qui présente l’Antropocène (en anglais).

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