La côte ouest de l’Amérique du Nord en sursis sismique

Relevé sismiqueIl était 3h26 du matin quand une zone s’étendant de Sacramento en Californie à Vancouver en Colombie-Britannique a été secouée par un tremblement de terre d’une magnitude exceptionnelle de 9 sur l’échelle de Richter. L’hypocentre du séisme se situait dans l’océan Pacifique à 60 km au large des côtes de l’état de Washington. Dès la fin de la secousse qui a duré près de 2 minutes, une alerte majeure au Tsunami a été déclenchée par  le US Geological Survey et Ressources Naturelles Canada. Seulement 18 minutes après que la terre eut violemment tremblé, une vague dévastatrice de 21 mètres de haut est venue frapper de plein fouet les côtes de l’état de Washington, de la Colombie-Britannique et de l’Oregon. Les autorités canadiennes et américaines ont déclenché l’état d’urgence et l’on dénombre déjà plusieurs milliers de morts et des milliers de disparus.

Cette nouvelle ne sera pas une fiction un jour ou l’autre. En effet, la côte ouest du continent Nord-Américain est en sursis. Sur une zone s’étalant du nord de la Californie au milieu de l’île de Vancouver, la plaque océanique Juan de Fuca glisse sous la plaque nord-américaine. Glisser est un bien grand mot à l’échelle temporelle humaine. Pour schématiser grossièrement, tout comme un meuble lourd que vous tenteriez de pousser sur un sol accidenté, le mouvement n’est pas continu. Avant que le meuble avance et que votre énergie réussisse à vaincre la résistance, vous allez augmenter la force que vous exercez sur le meuble et soudainement celui-ci va avancer de quelques centimètres. C’est la même chose pour les plaques tectoniques qui se heurtent en créant une faille de chevauchement. La pression est relâchée d’un coup, mais sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres, voire près de 1000 km pour la faille Cascadia. Une énergie colossale est alors libérée. Dans le cas de ce type de faille, il est encore très difficile de prédire avec précision quand cela arrivera, tout comme il vous est difficile de prédire quand le meuble imposant que vous tentez de pousser va finir par avancer un peu.

La côte ouest de l’Amérique du Nord est mal préparée à un tremblement de terre majeur

Même si la côte ouest est mieux préparée que la plupart des pays touchés par le tremblement de terre de Sumatra en 2004, il reste que de nombreux experts sont assez pessimistes quant à la capacité des grandes villes et des communautés côtières à encaisser un tel événement, surtout en tenant compte qu’il y aura très peu de temps entre l’énorme secousse sismique et l’arrivée de la première vague du Tsunami. « The big one » comme est surnommé depuis longtemps ce prochain grand séisme sera très similaire à celui de Sumatra qui a fait près de 230 000 morts. Là où le bât blesse, c’est qu’il n’existe pas de « culture » des séismes sur la côte ouest comme c’est le cas au Japon qui vit littéralement sur une des zones sismiques les plus actives du monde. Les Japonais sont donc très bien entraînés en cas de séisme et d’alerte au tsunami alors que la faille de Cascadia, elle, n’a pas subi de méga séisme depuis 1700.

Cependant, le méga tremblement de terre de Sumatra a permis aux scientifiques canadiens et américains de mieux comprendre les risques liés Encadré faille Cascadia en chiffresà Cascadia. Essentiellement parce que les deux failles se ressemblent beaucoup par leur taille, mais surtout par leur géologie.  Les équipes de scientifiques ont découvert que les modèles mathématiques utilisés pour simuler un méga séisme sur la côte ouest étaient conformes à la réalité avec un bémol, ils sous-estimaient la hauteur des vagues générées par le tsunami résultant. Ils se sont aussi rendu compte que les secousses étaient ressenties plus loin à l’intérieur des terres que les modèles le prévoyaient (un événement de magnitude 9 et plus serait ressenti jusqu’à Edmonton).

Comme le montre cette séquence vidéo, la côte ouest est surveillée par une batterie de mesures GPS qui permettent de suivre les moindres déformations de la zone. Ainsi, le Canadian Geographic notait en 2005 dans son article intitulé « After shock« : « l’île de Vancouver se déplace vers l’ouest de l’épaisseur d’un stylo tous les 14 mois ce qui augmente encore un peu plus la pression sur la faille« .

Finalement, Nature révélait en 2011 que selon de récentes recherches effectuées par Chris Goldfinger et son équipe de l’université d’état de l’Oregon, la côte ouest a 2 fois plus de risque que prévu de subir un séisme de magnitude 8 et plus durant les 50 prochaines années, plus précisément 37 % versus 10 à 15 % selon des estimations plus anciennes.

À visionner à ce sujet, un très bon documentaire de 47 min de la BBC (en anglais) sur le méga séisme que pourrait provoquer la faille de Cascadia et cette animation simulant en temps réel un séisme de magnitude 9 le long de la faille de Cascadia (adaptation d’un travail original du Pacific Northwest Seismic Network).

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Un commentaire pour La côte ouest de l’Amérique du Nord en sursis sismique

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