La vulgarisation scientifique, un outil central en éducation relative à l’environnement

Réchauffement climatique, organismes génétiquement modifiés, utilisation croissante des nanotechnologies, acidification des océans, disparition des espèces et atteinte à la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, raréfaction de l’eau douce, etc. Tous ces exemples de problématiques auxquelles l’humanité fait face depuis le milieu du XXe siècle sont l’objet de choix politiques et de choix de société qui imposent au grand public d’avoir un minimum de compréhension des grands enjeux environnementaux et sociétaux. De plus, l’aptitude du grand public à comprendre la plupart de ces problématiques est fortement liée au degré minimum de culture scientifique que possèdent les individus. Cependant, il existe un gouffre important entre la science et le grand public dû à plusieurs facteurs comme la difficulté pour les scientifiques de prendre le temps de vulgariser et de communiquer leur science, mais aussi à un désintéressement du grand public pour les questions scientifiques. Il est pourtant crucial que des notions scientifiques comme l’effet de serre, l’approche systémique ou encore la génétique soient vulgarisées afin de donner des outils simplifiés de compréhension aux citoyens. Alors que l’éducation relative à l’environnement (ERE) peine à être incluse dans les cursus scolaires ici et dans d’autres régions du monde, il importe de considérer et de reconnaître l’apport de la culture scientifique dans l’établissement d’une société écoresponsable.

L’éducation relative à l’environnement, grand défi du XXIe siècle

Dans un petit recueil paru en 1994, Joël de Rosnay défendait l’idée que « l’éducation en écologie est un des grands défis des prochaines années ». Il appuyait son argumentation sur plusieurs points. Il définissait ainsi l’écologie comme une méta-discipline qui permet de faire émerger le concept systémique : « l’écologie, c’est l’irruption de la systémique dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’industrie et des médias ». Selon de Rosnay, il faut faire comprendre le concept systémique au grand public afin de mieux enseigner l’écologie. En effet, il notait que les nombreuses interconnexions présentes dans notre environnement sont assez méconnues, comme les boucles de rétroaction positive induites par le réchauffement climatique. La boucle de rétroaction positive générant des impacts en cascade dus à la fonte de la banquise dans l’océan Arctique est la plus simple à comprendre. La banquise fond de plus en plus vite à cause de la montée des températures de l’air. Celle-ci est remplacée par l’eau de mer qui possède un albédo bien inférieur à la banquise. L’eau de mer retient plus de chaleur et fait fondre encore plus vite la banquise et la boucle se perpétue ainsi. Il s’agit d’une interrelation « simple ». De nombreuses interconnexions sont très complexes et nous sommes très loin de comprendre en détail la plupart d’entre elles.

Joël de Rosnay en venait à la conclusion que pour nous aider à passer du statut « d’égocitoyen » à celui « d’écocitoyen », il fallait se questionner sur les solutions disponibles pour que toutes les sphères de la société aient accès au message de l’écologie scientifique. Il suggérait ainsi d’appliquer la méthode définie par Piaget et qui comprend cinq étapes : « Stimuler la curiosité, permettre l’exploration personnelle, fournir des outils de recherche, rendre disponible l’avis de spécialistes et, enfin, confronter ses connaissances par l’expérimentation. »

Enseigner les sciences et les controverses scientifiques dans une perspective d’éducation citoyenne 

Comme mentionnée en début d’article, l’éducation relative à l’environnement est difficilement enchâssée dans les curriculums scolaires et la vulgarisation scientifique est encore trop le fait des médias. Les élèves se retrouvent donc pratiquement sans outils afin d’analyser les grandes controverses scientifiques ou les questions sensibles. Beaucoup de questions socialement vives requièrent un minimum de culture scientifique afin de cerner leurs implications. Dans le livre Enseigner des controverses, Virginie Albe traite de la façon d’aborder les controverses scientifiques dans un milieu d’apprentissage. Plus particulièrement, elle s’intéresse aux recherches en didactique qui visent à comprendre l’enseignement des sciences et des questions scientifiques en milieu scolaire. Ainsi, elle discute du rôle des controverses scientifiques. Celles-ci peuvent en effet être des tremplins pour « l’action sociale, pour comprendre la nature des sciences et évaluer les discours des experts, pour une prise de décision réfléchie ou argumentée, pour développer les compétences argumentatives des élèves ».

Elle note également que la recherche scientifique est de plus en plus l’affaire des grandes entreprises et cite le chercheur norvégien Stein Dankert Kolstø, qui dans sa thèse de doctorat en 2001 mentionnait que : « les changements d’une science académique à une science industrielle ainsi que la compréhension de la science comme d’un procédé et l’émergence en société de préoccupations sur les questions de risques devraient faire l’objet d’enseignements de sciences une perspective d’éducation citoyenne ». À l’époque, le doctorant rajoutait que « une éducation aux sciences citoyennes devrait prendre en compte le besoin de la société au sens large pour une prise de décision basée sur des interactions fructueuses entre profanes et experts ».

Vers un virage à 180 degrés du nouveau gouvernement fédéral?

Il est évident que l’éducation relative à l’environnement doit s’appuyer sur la science. Cependant, ce doit être une science vulgarisée, accessible aux grands publics et au profane. C’est ce que ne semblait pas comprendre le gouvernement conservateur en place à Ottawa qui vient de perdre les élections fédérales. Il multipliait les décisions visant à museler les scientifiques et à couper dans les programmes et les institutions qui permettent de fournir un accès à la science et à la recherche. Lire d’ailleurs ce très bon texte de Valérie Levée sur le site de l’Association des communicateurs scientifiques (ACS).  À titre d’exemples (les dégâts ont été cependant bien plus importants), on peut citer la volonté du gouvernement fédéral de fermer la Biosphère, le seul musée dédié à l’environnement en Amérique du nord ou encore la restructuration du Centre des sciences de Montréal.

Alors que la culture scientifique est en perte de vitesse et que la science est attaquée de toutes parts au Canada, seul un sursaut citoyen permettra de défendre l’accès au savoir scientifique afin de créer une société plus éduquée et donc plus à même de comprendre les grands défis environnementaux auxquels nous faisons face. Espérons un virage à 180 degrés du nouveau gouvernement élu afin de réparer des années de dénigrement des rôles cruciaux de la science et de la culture scientifique dans l’établissement d’une société éduquée et donc outillée pour faire face aux importantes problématiques du XXIe siècle.

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