L’heure de choisir son camp

peupleRéchauffement climatique, organismes génétiquement modifiés, utilisation croissante des nanotechnologies, acidification des océans, disparition des espèces et atteinte à la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, raréfaction de l’eau douce, etc. Tous ces exemples de problématiques auxquelles l’humanité fait face depuis le milieu du XXe siècle imposent désormais à chacun d’entre nous de prendre position pour un présent et un avenir meilleurs. Nous sommes collectivement à la croisée des chemins et nul ne peut en 2014 se croire à l’abri des crises environnementale et sociale en cours, les deux étant foncièrement reliées.

Alors que la communauté scientifique ne cesse de nous rappeler que notre mode de consommation basé sur l’idée que la planète possède des ressources infinies n’est pas tenable, il faut être fou ou assez naïf pour croire que nous passerons au travers du filet tissé par nos propres erreurs et notre indifférence collective. Nous avons toutes les données en main pour faire des choix justes et efficaces en nous appuyant sur notre formidable technologie et notre capacité à inventer, et pourtant, nous n’agissons pas. Il est donc grand temps de choisir le camp de la raison et du bon sens. Cette réflexion est un plaidoyer pour l’engagement et le passage à l’action.

En novembre dernier, Karel Mayrand commentait les propos de David Suzuki qui en venait à la conclusion que l’environnementalisme avait échoué. Selon le directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, « L’environnementalisme n’est pas mort. Mais il doit reculer pour mieux sauter. »

J’ajouterais qu’il doit reculer pour mieux englober. Englober les citoyens qui commencent à comprendre, mais qui ne savent pas comment agir. Il doit également reculer pour mieux éduquer. Il faut en effet généraliser l’Éducation relative à l’environnement dans tous les pans de la société et la soutenir par la culture scientifique.

Reculer pour mieux s’interconnecter en faisant la promotion de l’interdisciplinarité et du croisement des savoirs. Les sciences humaines et les sciences naturelles ne doivent plus travailler en vases clos, mais au contraire créer de véritables ponts entre les disciplines scientifiques tout en reconnaissant les interconnexions entre les crises environnementale, sociale et économique.

Reculer pour mieux évoluer. Il faut en effet reconnaître et abandonner les solutions qui n’ont pas fonctionné. Il nous faut admettre que le développement durable est une chimère, il est normal que ce concept ait échoué, car il portait à la base en lui des promesses irréalisables et est désormais une usine à écoblanchiement. On lira à ce sujet cette très bonne synthèse de l’impossibilité d’un capitalisme vert. Il faut également dénoncer le concept d’acceptabilité sociale, « véritable piège pour les citoyens-nes et l’environnement ». Le développement durable aura au moins eu le mérite de nous faire réaliser qu’il nous faudra faire beaucoup plus que lâcher l’accélérateur du développement pour sortir de l’ornière. C’est un véritable changement de paradigme qu’il nous appliquer, une nouvelle direction. Continuer dans la finalité du développement en le parant du qualificatif « durable » ne nous amènera qu’à tomber de Charybde en Scylla.

Reculer pour mieux s’émerveiller. À raison et devant la constatation des périls et des dégradations environnementales qui s’accumulent, nous avons entretenu une vision de l’environnement comme problème. Sans nier les faits graves, il nous faut également réapprendre à nous émerveiller des beautés de la nature et  comprendre les bénéfices qu’elle nous apporte. Si la compréhension d’un problème est une condition à l’action, il faut se souvenir de cette citation de l’écologiste français Nicolas Hulot selon qui « l’émerveillement constitue le premier pas vers la connaissance et le respect »

Reculer pour mieux s’indigner. Il nous faut aussi réapprendre à nous indigner. Il ne s’agit pas là d’une colère, mais d’une prise de conscience de la mauvaise marche du monde et de l’envie de l’améliorer en croyant aux valeurs d’équité intergénérationnelle, de justice environnementale,  d’empathie envers toutes les espèces vivantes de la biosphère. L’égoïsme doit faire place à l’entraide. Pour reprendre les propos du scientifique et écrivain Joël de Rosnay : « Il nous faut passer du statut d’égocitoyen à celui d’écocitoyen ».

Reculer pour mieux susciter l’implication. Beaucoup de citoyens n’ont pas conscience de la force du bénévolat. Pourtant, chacun peut apporter son expertise, son savoir-faire, son savoir-être et son savoir-agir. S’engager dans une activité bénévole apporte énormément en termes de relations humaines et d’expériences de travail. Cela permet également de se sentir utile et est donc bon pour le moral. Finalement, c’est une formidable réponse citoyenne quand un gouvernement s’attaque à des groupes environnementaux ou des organismes de charité dont la mission est de participer à la création d’une société plus juste tant du point de vue de l’environnement que du point de vue social.

Reculer pour mieux inviter à l’engagement. S’engager, c’est prendre position. C’est mettre en pratique ses convictions et participer au changement. On ne pourra changer de direction qu’avec des paroles, il nous faut également poser des gestes. Les modèles de citoyens engagés ne manquent pourtant pas. J’aimerais donc rappeler l’exemple de Frédéric Back et son engagement envers la défense de l’environnement. Cet artiste ayant pratiquement parcouru un siècle doit nous rappeler qu’il ne saurait y avoir d’indifférence de notre part quand il s’agit par exemple de protéger un fleuve dont nous dépendons fortement ainsi que les espèces qui le peuplent. La volonté du gouvernement québécois d’aller de l’avant avec l’exploration du sous-sol de l’île d’Anticosti ou son récent intérêt pour le pétrole de l’ouest du pays et ceci en totale contradiction avec la nécessité de réduire rapidement notre dépendance aux énergies fossiles doit nous inciter à l’engagement et à l’action. Le déni de démocratie dont a fait preuve le gouvernement face aux groupes citoyens inquiets et l’incohérence de certaines figures du gouvernement doit sonner l’alarme. Nous ne pouvons plus prendre le risque de jouer avec le feu sur la question climatique, non plus de risquer des accidents graves tant pour les populations que pour la santé du Saint-Laurent.

Nous aimons penser que nous sommes l’espèce la plus intelligente qui ait jamais habité sur cette planète, il est grand temps de le prouver. Dans ce contexte, l’heure n’est plus à la tergiversation, mais à l’engagement.

« Créer, c’est résister. Résister, c’est créer »  – Stéphane Hessel.

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