Les récifs coralliens au bord d’un effondrement généralisé

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Récif de coraux blanchis dans le Golfe de Thaïlande, au large de Phuket. Crédit photo : Ayesea via Flickr

Par Jérémy Bouchez, créateur de Sciencesenviro.

Le déclin généralisé des récifs coralliens de la planète a très probablement passé un point de non retour. C’est ce que de plus en plus d’études viennent confirmer alors que les océans s’acidifient et se réchauffent à mesure que nous émettons toujours plus de CO2 dans l’atmosphère.

Le corail est en effet très sensible aux changements de température et de pH (qui quantifie l’acidité ou la basicité d’un composé) des eaux océaniques. Les coraux sont des animaux qui appartiennent à l’embranchement des cnidaires (tout comme les méduses ou les anémones) et qui vivent en colonie et souvent en symbiose avec d’autres organismes unicellulaires, les zooxanthelles (algues photosynthétiques) dans les mers chaudes, ou le phytoplancton dans les mers plus froides. Certaines espèces de corail n’ont pas besoin de cette relation et vivent donc plus en profondeur sous très faible luminosité. Les coraux qui vivent en relation symbiotique construisent un exosquelette fait de carbonate de calcium à partir des produits de la photosynthèse générée par l’algue qu’ils abritent. Celle-ci leur fournit d’ailleurs l’oxygène dont ils ont besoin ainsi que des nutriments comme le glucose, le glycérol ou des acides aminés.

 

Le blanchiment, résultat du stress du corail

En situation de stress, comme un changement de température, de pH ou de la qualité de l’eau (pollution, turbidité plus élevée empêchant ou diminuant la photosynthèse), le corail expulse l’algue unicellulaire qu’il abrite et il dépérit en quelques mois. Le blanchiment est le résultat de l’absence des zooxanthelles, car ce sont elles qui apportent leur magnifiques couleurs aux coraux. Il peut arriver que  l’algue recolonise le corail, mais ceci doit arriver rapidement, car l’animal dépérit en quelques mois sans les nutriments apportés par son symbiote. À noter qu’il existe d’autres facteurs pouvant causer le blanchiment du corail.

 

Les spécialistes sonnent l’alarme depuis plusieurs années

Les spécialistes qui étudient les coraux alertent depuis plusieurs années la communauté internationale d’un risque de déclin généralisé des récifs coralliens causé principalement par le réchauffement des océans à l’échelle globale. Pour mieux comprendre ce qui alarme les scientifiques, il faut remonter à un épisode particulièrement intense d’El Niño, ce réchauffement des eaux de surface de l’est de l’océan Pacifique. Durant le El Niño 1997-1998, les eaux de surface du Pacifique Est ont connu une élévation de température pouvant atteindre + 3°C durant plusieurs mois et sur une large zone comme le montre ce graphique de la NASA.enso_1997-1998_still_print

Résultat : un blanchiment des récifs coralliens à l’échelle de la planète, touchant près de 60 pays sur plusieurs océans. Les spécialistes estiment que 15 à 20 % des récifs du globe ont blanchit suite à cet événement. On pourrait se dire que les épisodes El Niño n’arrivent pas tous les ans et qu’ils ne sont pas toujours aussi puissants que celui de 1997-1998. En effet, mais le problème n’est pas là. Les océans se réchauffent à une telle vitesse que même les scientifiques de la NOAA sont obligés de réviser leurs courbes sur une échéance de 3 mois. De facto, il n’y a plus nécessairement besoin d’un fort épisode El Niño pour occasionner un blanchiment important des récifs coralliens, car c’est désormais un mouvement de fond, continu et à l’échelle globale qui met littéralement en péril la majorité des récifs encore présents. Non seulement les eaux océaniques se réchauffent (ce visuel montre que plus de 93 % du réchauffement climatique est absorbé par les océans), mais elles s’acidifient par captation du CO2 atmosphérique à un rythme accéléré. Cela signifie qu’énormément d’organismes marins qui fabriquent leurs coquilles ou leurs squelettes à base de carbonate de calcium ou d’aragonite (la forme minérale de ce composé) n’ont pas assez de temps pour s’adapter. Voici ci-dessous un visuel réalisé par l’UNESCO à partir des données du Scientific Committee on Oceanic Research et de l’International Geosphere-Biosphere Program. On peut y voir que si nous ne coupons pas drastiquement dans nos émissions de dioxyde de carbone, la diminution de l’état de saturation de l’aragonite d’ici 2100 aura des effets très importants sur les coraux, mais aussi sur tous les organismes qui fabriquent leurs coquilles ou squelettes à l’intérieur d’une plage faible de valeur de la saturation en aragonite (cliquez pour voir le visuel en grand format et ici pour voir l’original en anglais). int_028537

D’autre part, des organismes comme les ptéropodes pourraient également se retrouver sur la sellette à cause de l’acidification des océans :

Ptéropodes – Mollusques qui nagent from Parafilms on Vimeo.

Déjà trop tard?

On pourrait se dire qu’on peut encore changer le cours de l’histoire s’il se met en place une prise de conscience généralisée et cohérente de la communauté internationale afin de réduire fortement nos émissions de dioxyde de carbone (on peut rêver…).
Le problème est qu’il est très probablement trop tard pour les organismes marins comme les coraux ou le zooplancton. Une étude du Carnegie Institute parue en 2008 suggère que même en réussissant à plafonner les émissions de CO2 à 450 ppm (nous sommes à un peu plus de 400 ppm), les océans se réchaufferont et s’acidifieront assez pour avoir un très fort impact sur ces formes de vie marine.

 

Des écosystèmes essentiels pour la vie marine et l’être humain

Certains pourraient se dire que ce déclin ne les impacterait que faiblement. Il faut savoir que même si les récifs coralliens ne couvrent que 0.1 % des fonds océaniques, ils servent d’habitat à 25 % des espèces de poissons qui habitent les fonds marins. De plus, de nombreuses populations côtières dépendent de la bonne santé des coraux pour les revenus de la pêche.
Finalement, on peut aussi vous dire que selon une étude de la Princeton University, les récifs coralliens en santé fournissent une protection sensiblement supérieure aux récifs morts en cas de tsunami….

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